FAIRE / NIYYA / FER — Chahid El Batti
Solo show
7 octobre 2023
Curation : Jade Saber
"dir niyya w n’ass m3a hiyya”1
"aie confiance et dors avec le serpent"
Dans le travail de Chahid El Batti, les tendances s’inversent. Ce sont les hommes qui peuplent le ciel. Les étoiles sont des visages, ils forment des astres et font partie de la galaxie.
Cette installation se veut immersive, tel l’arbre des compétences du jeu vidéo Skyrime, l’artiste vous porte jusque dans son univers et les références qu’il explore afin de nourrir son processus créatif. Chahid est fortement inspiré par le travail de jeunes artistes de la scène française tel que Stellarmani, par le célèbre photographe japonais Daidō Moryama, ou encore le cinéaste américain Khalik Allah. Cette installation puise parmi ces trois grandes références, déterminantes dans la pratique de l’artiste, ainsi que dans le rapport qu’il entretient aux images.
Chahid El Batti est également fortement influencé par sa première formation en sciences, qui se traduit par son attachement à développer différentes matières et formules chimiques dans le processus de développement de ses photographies ou sérigraphies. Chahid explore toutes les possibilités que lui offre le médium photographique en le faisant dialoguer avec d’autres démarches. En effet, il apprécie travailler à partir de contextes. Il démultiplie donc la création d’univers singuliers, notamment sous la forme d’une installation ou bien d’espace digital 3D.
Chahid collecte des portraits photographiés à l’argentique de ses amis.es. Ces images peuplent son univers, forment son entourage. Partant de sa pratique photographique, il travaille ici sur des plaques de métal en venant y transférer différents portraits argentiques, par un mélange à base de résine.
Tous les portraits sont reliés les uns aux autres et forment différentes constellations. Elles gravitent autour et au-dessus de nous. Cet espace projette le.la spectateur.rice dans l’infini de la galaxie. Cette galaxie est aussi le lieu dans lequel l’artiste s’apaise. L’intranquillité qui l’habite laisse place à cette croyance forte et immuable qu’il porte en ses amis.es.
Cette croyance porte un nom, la niyya.
C’est cette niyya qui le soigne. Chahid El Batti ancre sa démarche artistique dans une philosophie qu’il nomme la philosophie du FAIRE/FER.
Le FAIRE/FER est une démarche active. C’est une intention. Celle de réussir ensemble, d’avancer ensemble. Cette intention prend ses racines dans les croyances personnelles et philosophiques de l’artiste, notamment dans le concept de niyya tiré des hadiths, figurant dans le Coran. La niyya est un concept islamique et plus largement une pratique culturelle, une façon de croire et de placer une intention sincère dans une démarche ou une pensée. La niyya est donc une modalité, un positionnement, une façon de croire. Elle ne porte pas sur un réel finalisé, car peu importe le résultat, c’est l’intention qui compte. Cette intention ne change pas, même une fois l’action finalisée et le réel vécu.
L’oeuvre de Chahid El Batti est magique et rend possible d’autres interactions entre différentes formes de vivants : les astres, les hommes, la nature, la technologie, le divin. Cette oeuvre nous rend sensible à d’autres principes actifs dans le réel, que nous ne voyons pas, ou bien que nous n’étions plus capable de voir.
La constellation agit donc en tant que “talisman”2, objet qui guide et rappelle du danger. La présence du spectateur active les pouvoirs de cette constellation, permettant à chacun.es d’être au monde, plus intensément, plus librement. Ce talisman offre la condition d’une existence fluide, libérée de toute identité figée. Il vous accueille à l’infini.
Chahid El Batti souhaite se souvenir de ceux.celles qui le font. De ceux.celles avec qui il le fait, de ceux.celles qui le poussent. Car c’est collectivement qu’il se réalise dans son art, avec tendresse et engagement. Engagement dans une cause, la nôtre, celle de toujours le faire ensemble.
Parmi cette galerie de portraits, cet intranquille qu’est Chahid El Batti a confiance et dort parmi les serpents.
C’est la niyya qui le sauve, cette confiance infinie en ceux.celles qui habitent son art, son cœur, sa vie.
Proposition curatoriale par Jade Saber
1 Surnaturel et société, l’empire magique de la maladie et du malheur à Khénifra, Maroc, Saâdia Radi, Éditions
Centre Jacques-Berque, 2013
2 Parler l’ombre, Conversation entre Ana Vaz et Olivier Marbeouf dans le cadre de l’exposition « Talismans »,
Fondation Gulbenkian.
Show 3D
Téléchargez ci dessous l'exposition 3D de CHAHID EL BATTI, vous aurez accès à un fichier zip avec la version de l'exposition pour mac ou pour windows, sélectionnez ci dessous en fonction de votre ordinateur.
Bonne visite !
Show 2D
Comme on peut, on fait comme on peut, un peu plus chaque jour.
Le faire ce n’est pas qu’une phrase poussée dans le vide, c’est un cri, une rage enfouie en nous, une ambition folle qui nous anime. Enfin je sais pas. Parfois j’aimerais voir le monde brûler. Il m’a tant pris et tant donné, je sais plus faire la différence entre les deux. J’ai mal mais je vais bien. Tu crois pas que quand tout est parfait,c’est qu’il y a un truc qui cloche ? Me regarde pas je suis fatigué. Je doute. Je doute un peu plus chaque jour. Je finis par me rendre compte que quand c’est pas toi qui m'empêches de le faire, c’est moi.
Et pourquoi t’es pas là mon frère ? Avec toi j’aurais pu le faire aussi, au lieu de
m’aider tu me tires vers l’arrière...
Ils pensent avoir le contrôle et essayent de te manipuler.
Te prenant pour acquis parce que tu souris sans jamais leur montrer les heurts qu’ils t’assènent.
Pourtant, là où ils te montrent une étoile, tu vois la galaxie.
Alors c’est vrai c’est bête, je peux rien pour toi si tu veux pas le faire, je te parle de
s’entraider sans arrières pensées, sans que tu veuilles me planter avant de te rendre
compte que tu n'es pas le premier.
Mais qu’est-ce que tu sais?
Qu’est-ce que tu comprends?
Je pourrais te montrer ma haine mais j’aurais perdu, je serais devenu comme toi... un
mec qui comprend pas, pourquoi son poto lui tend la main...
En vrai j’ai pas eu le choix, t’étais pas là quand c’était noir, y avait personne pour
allumer ma foi, j’ai pas eu de grands pour m’apprendre, j’avais que moi et ma peine
pour le faire.
Alors regarde-moi et crois-moi quand je te dis qu’on doit s'exploser pour le faire.
Sans forcément leur ressembler. Sans forcément oublier qu’à la base on vient d’une poussière du ciel. S’exploser pour la cause, s’exploser pour le faire/fer.
Comment peut-on le faire, un peu plus chaque jour, chaque moment où s'entrechoquent nos désirs et nos ambitions. En nous, formées comme du métal. Métal brillant, solide, parfois brûlant. Mais ne cédant jamais aux heurts et projectiles filant.
Créer, c’est exploser. C’est le faire comme une collision entre deux atomes générant de l’entropie. Sortir ce truc en nous qui bouillonnait, parce que c’est là et que je ne peux pas l’ignorer.
J’ai mal, mais je suis souple et solide. J’encaisse les chocs et j'emmagasine la douleur, la peine... Le métal se forge. L’énergie ne sera que plus forte. Le Faire et avoir la Niyya du fer... Ce métal d’où on provient peut-être. Des particules concentrées entre elles, comme avec mes gars. L’énergie est là ! Suffit que tu la prennes dans la paume de ta main. Ce que je sais... c’est que j’ai l’intention de le faire ; tordre et rompre le fer.
Le faire c’est pas qu’une phrase poussé dans le vide c’est une énergie, une ambition folle qui nous anime... Tout va bien aller me dit mon frère et je le sais. Tout va bien aller me dit ma sœur et je le sais.
Parce qu’on a la tête dure comme le fer On se le répète en boucle depuis des années. Ailleurs, l’énergie est là. Entraînant inertie et mouvement, un peu comme ce bout de métal tournant autour du monde là où les constellations ne sont qu’une. Alors viens on réunit nos énergies et avec nos mouvements, on se traîne et se pousse... créant un espace plus grand... un ensemble qui dépasse juste notre simple condition. Là où les mondes tournent entre eux et se touchent avec pudeur... où les processus ne sont que transferts et échanges équivalents. Comme les planètes, étoiles ou humains, on a cette intention, on doit s’exploser pour le faire.
CHAHID EL BATTI


































