Leïla Flayeux Boulkenafet
« Depuis l’enfance je n’ai jamais cessé de dessiner. Introduite à cet art par la Bande-dessinée, puis par les mangas, j’ai toujours eu à cœur d’améliorer ma technique pour donner vie à mon imaginaire. Ma pratique prend un tournant quand je découvre mon homosexualité à l’âge de 19 ans. Suite au confinement je suis prise d’une urgence de rattraper des images que je refoulais depuis longtemps et qui m’amènent naturellement vers le registre de l’érotisme. La question du désir est omniprésente dans ma manière de produire et de recevoir les images, pour moi elle est comme un medium, un langage que je choisis pour explorer mon individualité, mon rapport à mes origines et les fragments de mon identité : française, algérienne et sudiste. L’érotisme que je dépeins se fait multiple, il interroge les notions de plaisir, et de regard, il n’a pas toujours vocation à émoustiller ou à choquer, il se veut même parfois pudique. Depuis toujours, j’ai une affinité particulière avec le noir et blanc, j’aime les textures fumées du fusain et les compositions précises que je tiens de mes goûts en matière de photographie et de cinéma (Antonioni, Cartier-Bresson). Ce n’est que plus tard que je réintroduis la couleur dans ma pratique grâce à la découverte de l’encre acrylique. Elle me permet d’explorer pleinement mon obsession pour le rouge et pour le sang dont j’embrasse la dualité : à la fois source de vie et marque de douleur. J’aime mettre en scène les corps dans des paysages désertiques, symbolistes et presque solitaires, tout en faisant appel à des esthétiques parfois non nobles comme la publicité où le cinéma érotique de série B (Russ Meyer). »