Que faire quand le papier glacé des manuels ou les images officielles ne suffisent plus à raconter nos histoires ? Ne plus être en mesure de se dire, alors même qu’on aimerait pouvoir sortir ce je ne sais quoi que l’on garde en nous. Le chat a mangé sa langue, semblerait-il. Alors, les voix manquantes cherchent d’autres formes pour exister et continuer de porter les récits. Contés, tissés, chantés ou exprimés par le corps, le son et le textile, ils incarnent chacun à leur tour des espaces où ces voix se métamorphosent pour retranscrire plus justement les identités protéiformes de toutes celles et ceux qui les portent. Ainsi, les artistes inventent de nouvelles formes plus proches de nous, qui s’adaptent à nos histoires.
“Le chat a mangé sa langue” est une programmation de plusieurs événements autour des formes alternatives du langage, au prisme de l’oralité. A travers la poésie, la broderie, la musique ou encore la performance, nous proposerons au public d’expérimenter de nouvelles façons de traduire et transmettre leurs histoires. Au cours de ce cycle de rendez-vous mensuels, une question principale revient, à savoir : la place accordée à la parole et au langage dans les luttes décoloniales en art.
Pour ce premier volet du projet « Le chat a mangé sa langue », le mat3amclub a voulu explorer avec les publics l’étendue des pouvoirs de la broderie, à travers un atelier intitulé « Tisser nos récits: se raconter à travers le fil », animé par Amine Habki.
Nous avons toustes des souvenirs pour lesquels les mots nous manquent. La cuisine pièce familiale ou amicale, est bien souvent remplie des vestiges de tous ces moments qui nous sont chers. Un espace de partage dans lequel les langues se délient, sans complexe. Symbole de la convivialité le mat3amclub en a fait son symbole et a souhaité la célébrer ! Pour cet atelier, le mat3amclub a donc proposé aux participant.es de créer une micro-histoire collective à partir de leurs plus tendres et marquants souvenirs dans la cuisine.
Dans le premier volet de cette programmation autour du langage, nous avons voulu commencer par explorer l’étendue des pouvoirs de la broderie. Au croisement de l’art et de l’artisanat, de plusieurs cultures et histoires, la broderie porte en elle un héritage qui permet de retranscrire de façon sensible certains récits, de se raconter autrement. Artiste invité, Amine Habki exprime ses histoires à travers le fil, afin de mieux se dire dans l’intimité de la toile et des bobines. Comme introduction à l’atelier, nous avons organisé un moment de discussion avec l’artiste, qui a pris le temps de nous parler de sa pratique, son oeuvre et son rapport à la broderie, autour de petites choses à boire et à manger, qui nous a permis de toustes échanger sur nos souvenirs de cuisine.
Amine a ensuite proposé aux participant.es de rendre aux aussi leurs souvenirs matériels avec un atelier d’initiation au punch needle, sa technique de broderie. Grâce à son accompagnement, ils et elles ont pu apprendre à broder sur la toile une image de ce souvenir de cuisine, pour le garder toujours présent. Toustes ensemble, nous avons ainsi créer une oeuvre collective et sensible, composée de toutes nos histoires ! À la fin de l’atelier, les participant.es sont repartis avec un petit kit d’initiation, pour leur permettre de poursuivre l’expérience chez eux et de continuer à fabriquer leurs souvenirs !
Le chat a organisé une « Chaosphonie de la langue », au cours d’un second volet dédié à la performance et la poésie, dans un format festif et collectif ! Ce micro-festival solidaire a été un moment dédié à chanter les mots, les manipuler, les incarner, mais aussi simplement à manger et danser ensemble, pour se réapproprier nos récits dans la joie.
Avec : Yasmina Shahin, Tifany Tatin, Tara Sammouri, Meryam Benbachir, Emma Berger-Pierre, Liên Hoàng-Xuân, Inès Tobji-Hader, Nana Buluku, Ohjeelo et Aerodynanisme
Au programme :
19h : Ouverture des portes
19h30 – 20h30 : Workshop fanzine avec Yasmina Shahin
20h30-23h30 : Stand coiffure par Tifany Tatin (sur inscription)
20h30-22h : Cycle de lectures et de performances avec Tara Sammouri, Meryam Benbachir, Emma Berger-Pierre, Liên Hoàng-Xuân, Inès Tobji-Hader et Nana Buluku.
22h-00h : DJ set de ohjeelo curaté par aerodynamism
00h : Fermeture des portes
En continu :
Bar solidaire de la Maison de la Conversation
Food corner du mat3amclub par Kwetu Delices
Stand mat3amclub : devenir membres <3
¡¡ Stand avec fanzines, micro-éditions et tirages photo des artistes du festival à la vente !!
Nous avons eu le plaisir d’inviter l’artiste Kenza Belkadi à penser un workshop autour du son, de la musique et de la voix pour conclure le cycle « Le chat a mangé sa langue ». La musique et l’oralité deviennent des langages alternatifs, qui permettent une transmission au sein des espaces diasporiques. Elles accueillent les fragments de nos mémoires et de nos héritages pluriels.
Kenza Belkadi les explore plus largement dans sa pratique artistique. Kenza Belkadi est artiste et diplômée des Beaux-Arts de Cergy. Son travail s’articule autour du texte, de l’image, de la vidéo et du son pour raconter des histoires de transmission. Elle explore la mémoire et le corps, leur lien avec le paysage et l’intime, ainsi que l’espace de la lisière et de l’entre-deux. La question de la voix et de ce qu’elle transporte traverse l’ensemble de sa pratique.
L’artiste a proposé à travers ce workshop une exploration collective de la voix comme archive vivante et territoire de mémoire diasporique. Elle nous a permis d’interroger ce qui se transmet lorsque les mots manquent : comment la musique et la voix deviennent des langages alternatifs, porteurs d’héritages fracturés et reconstruits ?
L’atelier s’est divisé en 3 parties