Cinquante ans après les indépendances, qu'est devenu l'ex-colonisé ? C'est pour répondre à cette interrogation que l'auteur du célèbre Portrait du colonisé propose ce Portrait du décolonisé.
Cet ouvrage tente une peinture aussi fidèle que possible d'un homme nouveau apparu sur la scène de l'histoire. Il s'agit d'un triptyque : le nouveau citoyen, demeuré dans son pays natal, l'immigré vivant dorénavant à l'étranger et le fils de l'immigré, né dans le pays d'accueil, chacune de ces figures possédant sa cohérence.
La première partie est un bilan désenchanté : ayant obtenu son indépendance nationale, le colonisé n'y a gagné ni la richesse, ni la liberté. Deux problèmes principaux selon Albert Memmi : la corruption et l'absence de démocratie, donc de transparence et de droit, absence de démocratie entretenue par le jeu ambigu des potentats locaux, des militaires et des chefs religieux.
Memmi observe la difficulté d'une intégration qui n'est vraiment désirée ni par les minoritaires, ni par les majoritaires, que le métissage effraie, et appelle à construire une culture métisse commune qui s'appuie sur les meilleurs acquis d'un occident : libertés individuelles, universalisme et laïcité.