Khémaïs Ben Lakhdar

Autour de ce sujet brûlant, le débat est devenu impossible. Certains se lamentent : on ne peut même plus s’habiller comme on le souhaite, et d’autres militeraient, selon les premiers, pour que l’on fasse attention à l’origine du moindre accessoire. Constamment invoqué par les journalistes et omniprésent sur les réseaux sociaux, le concept d’appropriation culturelle sature l’espace médiatique et enflamme les polémiques. Pourtant, personne ne s’accorde sur sa signification réelle, il n’en existe aucune définition nette, et il est difficile d’y voir clair parmi les controverses et les contradictions qui l’entourent.

C’est de là que vient la nécessité de ce livre : un texte précis et accessible d’un chercheur spécialiste du sujet qui explique de manière pédagogique ce que désigne vraiment le concept d’appropriation culturelle afin que chacun puisse le comprendre et participer au débat en connaissance de cause.

Notre auteur revient ainsi sur ses origines de ce « cannibalisme culturel » : la naissance de la Haute couture, l’industrialisation et les débuts du colonialisme, qui poussent les créateurs à chercher toujours plus d’inspiration en tournant leur regard vers l’Orient, puis sur son développement, entre outil scientifique et arme de revendication militante.

Une fois la notion d’appropriation culturelle expliquée, on peut la dépasser et sortir enfin de l’impasse dans laquelle sa méconnaissance maintient aujourd’hui le débat. L’auteur nous encourage finalement à nous poser les bonnes questions et à soutenir les échanges entre les cultures sans ignorer les mécanismes de domination qui les sous-tendent.

Beyrouth sur Seine

Lorsque le narrateur décide de questionner ses parents sur leur pays d’origine, le Liban, il ne sait pas très bien ce qu’il cherche. La vie de ses parents ? De son père, poète-journaliste tombé amoureux des yeux de sa femme des années auparavant ? Ou bien de la vie de son pays, ravagé par des années de guerre civile ?
Alors qu’en 1975 ses parents décident de vivre à Paris pendant deux ans, le Liban sombre dans un conflit sans fin. Comment vivre au milieu de tout cet inconnu parisien quand tous nos proches connaissent la guerre, les attentats et les voitures piégées ? Déambuler dans la capitale, préparer son doctorat, voler des livres chez Gibert Jeune semble dérisoire et pourtant ils resteront ici, écrivant frénétiquement des lettres aux frères restées là-bas, accrochés au téléphone pour avoir quelques nouvelles. Très vite pourtant la guerre pénètre le tissu parisien : des bombes sont posées, des attentats sont commis, des mots comme « Palestine », « organisation armée », « phalangistes » sont prononcés dans les JT français.
Les années passent, le conflit politique continue éternellement de s’engrener, le Liban et sa capitale deviennent pour le narrateur un ailleurs dans le quotidien, un point de ralliement rêvé familial. Alors il faut garder le lien coûte que coûte notamment à travers ces immenses groupes de discussion sur WhatsApp. Le Liban, c’est la famille désormais.

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