Comme nous existons

Kaoutar Harchi mène dans ce livre une enquête autobiographique pour saisir, retranscrire au plus près cet état d’éveil, de peur et d’excitation provoqué, dit-elle, « par la découverte que nous – jeunes filles et jeunes garçons identifiés comme musulmans, que nous le soyions ou pas d’ailleurs – étions perçus à l’aube des années 2000 par un ensemble d’hommes et de femmes comme un problème. »

Un livre où l’amour filial et l’éveil de la conscience politique s’entrelacent.

Le livre des Reines

« Le Livre des Reines » est une saga familiale s’étendant sur quatre générations de femmes confrontées aux guerres du Moyen-Orient – du génocide arménien au conflit israélo-palestinien, en passant par les luttes au Liban et en Syrie.

Qayah, Qana, Qadar et Qamar constituent les branches d’un même arbre généalogique ancré dans leurs terres d’origine malgré les forces adverses. Cette lignée de femmes rousses est unie par le sang, la puissance et une résilience inébranlable.

Joumana Haddad construit ce roman avec une écriture finement ciselée, retenue et élégante, créant une œuvre d’extraordinaire intensité.

Comment sortir du monde

Le territoire d’où je suis né n’a aucune capacité à nous propulser dans le monde. Le territoire duquel je suis apparu, il tue les rêves, mange les aspirations. C’est une zone aplanie, morne, mais verdoyante par endroits.

Comment sortir du monde, c’est l’histoire d’un jeune homme en colère. Hanté par une seule chose : fuir.

Comment sortir du monde, c’est l’histoire d’un hybride, un différent, un déraciné.

Aden Arabie

« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde. » Paul Nizan a vingt ans lorsqu’il s’embarque pour Aden, décidé à fuir l’ennui, le confort et le conformisme. Aden Arabie est le récit de ce voyage, fuite adolescente qui se mue en révolte contre le devoir, la patrie et la société bourgeoise.

Alger, journal intense

À la croisée de plusieurs genres, ce roman-radiographie de l’Algérie contemporaine relève le pari de recréer le chaos de l’Algérie des années 1990 par l’expérimentation formelle : le texte est mots, ratures, photos, pages arrachées, papiers d’emballage, dessins… fragments, fracas, convulsions.

Karim Fatimi, astrophysicien de renom, meurt sur la route de Bologhine près de la « Maison hantée ». Mounia, sa femme, dévastée, entame alors un journal pour exorciser son chagrin. En parallèle, guidée par un étrange voyeurisme, elle décide de se plonger dans les innombrables écrits de toutes sortes accumulés par son mari. Le lecteur passe d’une narration à l’autre, reformant alors le puzzle de l’univers tourmenté de Karim Fatimi, écrivain écorché vif, mais aussi époux, père, fils, frère, amant en découvrant chaque moment clé de sa vie : Octobre 1988, la décennie noire, la naissance de leur fille ou encore ce mystérieux 28 novembre 1994…

Le livre est comme un corps, vivant, palpitant, à l’image du corps de Mounia sur lequel écrit le narrateur. Dans une langue ludique et généreuse, Mustapha Benfodil livre le lecteur aux mains d’un destin à l’humour parfois rose, parfois noir.

Mère de lait et de miel

Fatima revient dans son village du Rif marocain après de longues années d’exil dans une ville industrielle de Catalogne. Elle fait à ses sœurs le récit de sa migration de femme illettrée partie avec sa fille Sara à la recherche d’un mari qui la laissait sans nouvelles. Abandonnée par celui qu’elle croyait rejoindre, elle a dû lutter seule face aux multiples difficultés de la vie quotidienne dans un monde qui lui était étranger. Alternant avec ce récit, le roman retrace l’éveil à la vie de Fatima dans la douceur du cocon maternel, avant qu’elle ne doive trop vite affronter son destin de femme.

Mes Amis

Lorsque le jeune Khaled découvre à Benghazi, attablé avec ses parents autour du poste de radio, la puissance d’une nouvelle lue par un grand journaliste libyen expatrié à Londres, il est loin d’imaginer qu’un jour il vivra lui-même dans cet eldorado, et qu’il deviendra l’ami de l’auteur de ce texte, le brillant Hossam. Une trentaine d’années plus tard, le même Khaled se balade dans les rues londoniennes et retrace sa vie d’exil, de son arrivée imprévue à Londres, encore étudiant animé d’idéaux politiques, à ses longues amitiés si essentielles avec Hossam et Mustafa, un autre expatrié libyen. Alors que ses deux amis font le choix de retourner sur leur terre pour combattre la dictature de Kadhafi, Khaled, plus tiraillé, prend racine dans une existence loin des siens. Son amour de la littérature et la force de ses amitiés l’empêcheront-ils de ressentir le poids du regret ? Bouleversante déambulation dans les souvenirs et dans un Londres magnifié, Mes amis explore avec une grande délicatesse le conflit intérieur lié à chaque exil. Tout en dévoilant de manière unique l’histoire déchirante de la Libye et de sa révolution récente, Hisham Matar nous émerveille par la force de son écriture, aussi subtile qu’intense.

Les Princes de Cocagne

L’écriture de cet ouvrage croise différentes approches : la description ethnographique, tirée d’une pratique de recherche, pour saisir l’essence du souvenir ; la prose pour le rythme ; un certain goût pour la picturalité en colorant, par l’expérience, les clichés sépia à la façon d’une aquarelle. Les autobiographies d’héritiers de l’immigration maghrébine proposent, depuis près de quarante ans, un genre littéraire en soi. Des récits d’expériences qui racontent l’épreuve, intime et troublante, de la marge sociale et de l’entre-deux culturel où l’individu se retrouve simultanément placé dans deux mondes antagonistes tout en étant rejeté de chaque côté. Nous sommes ici en pays de Cocagne dont l’étymologie renvoie aux coques, ces boules de pastel cultivé autrefois dans la région pour teindre les textiles d’un bleu doux dont a mémoire, engloutie, sommeille aujourd’hui sous les hectares remembrés de maïs hybride et de kilomètres d’arbres fruitiers tirés au cordeau. Arrivés à partir des années 1970 pour remplacer les saisonniers du sud de l’Europe, les Marocains ont constitué une main-d’oeuvre recherchée au bénéfice d’une économie locale tenue par une poignée de propriétaires terriens. Fraises dans l’Agenais, vigne dans l’Aude, pommes dans la vallée dans la Garonne, forestage en Ariège, leur contribution a été essentielle dans le développement d’une agro-industrie qui a définitivement transformé la morphologie paysagère et sociale du Midi. À travers les différents tableaux qui composent ce recueil, Slimane Touhami reconstitue le quotidien d’une paysannerie déracinée en donnant vie à ses souvenirs personnels, saisis à la façon de clichés photographiques. Un monde d’hommes, de travail et de misère, aujourd’hui crépusculaire, dont l’écho résonne toujours dans la mémoire de ceux qui l’ont traversé, ou côtoyé à ses marges, tels l’assistante sociale, du maire ou du médecin de village. Ce projet d’écriture a germé dans les années 2010, avec ce besoin toujours plus fort de jeter un oeil dans le rétroviseur, cela au terme d’un voyage intellectuel qui a amené l’auteur d’un CAP tourneur à un doctorat en anthropologie sociale à l’EHESS. Une manière de se réconcilier avec les siens en reconnaissant la part des autres dans un je qui, par définition se conjugue au pluriel.

A la saison des abricots

«À la saison des abricots…» : une belle expression arabe pour signifier «à la Saint Glinglin». Paru au Caire en 2019, À la saison des abricots de Carol Sansour subvertit les représentations attendues tant de la cause palestinienne que de la féminité arabe. Entre discours personnel sur la vision de soi et message critique sur les réalités de son pays, la poète palestinienne utilise les mots, la langue, la poésie, sans hiérarchie entre les registres poétiques et prosaïques, politiques et artistiques, pour exprimer un message qui lui est cher. Ses poèmes sont courts, incisifs, montrant la beauté, les sentiments et tout ce qui fait notre humanité en contraste avec les conflits politiques et idéologiques qui nous déracinent.

I saw Ramallah

En 1996, suite aux accords d’Oslo, un certain nombre de Palestiniens sont autorisés à revenir dans leur pays. Mourid Barghouti, poète exilé depuis trente et un ans, entreprend alors ce voyage, et rédige, comme le dit son préfacier Edward W. Saïd, une « chronique douloureusement minutieuse de ce tourbillon d’émotions et de pensées qui, sinon emporte, submerge en de telles occasions. […] La Palestine est un lieu imprégné par tout le passé vécu et toutes les traditions… »

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