Les miroirs vagabons ou la décolonisation des savoirs (art, littérature, philosophie)

Une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs et les arts, le passé peut être dépassé.

Penser la décolonisation des savoirs et des pratiques intellectuelles, littéraires et artistiques demande à réfléchir sur les lieux et les formes de cette grande transformation. Pour la dire, il faut réfléchir in concreto : elle a déjà commencé. Elle n’est ni devant nous, telle un programme à initier, ni derrière nous, telle un processus achevé. Elle est à l’œuvre mais plus ou moins, de façon différenciée, dans le travail d’écrivains et d’artistes qui irriguent ici la réflexion philosophique. La décolonisation prend ainsi sens dans ses grandes lignes comme son détail.

Autrefois, la métropole et la colonie apparaissaient comme deux espaces tout aussi distincts en principe qu’entremêlés en réalité. Les indépendances africaines ont profondément modifié ce paysage, créant des entre-mondes de la philosophie, de la littérature, des arts. Le sud peut déloger le nord. L’étrange(r) voisiner avec le familier, le vivant cohabiter avec le fantôme. Les affranchissements, les franchissements sont multiples, divers. Comment les lignes se déplacent-elles et dans quels mouvements ? Les arts visuels, la musique, la littérature montrent des chemins.

Ce livre est un parcours plus qu’un itinéraire, une critique plus qu’une doctrine : une migration. Il est une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs, le passé peut être dépassé.

La résistance des bijoux contre les géographies coloniales

À la mort de son père, Juif d’Oran naturalisé français puis israélien, Ariella Azoulay découvre dans un document que sa grand-mère portait le prénom Aïcha. En deux récits mêlant autobiographie et théorie politique, l’autrice serpente entre les catalogues de bijoux, les photos trouvées et les collections d’objets pillés, pour déployer par fragments l’histoire de sa famille et mettre en parallèle les colonialismes français en Algérie et sioniste en Palestine. Entre ces projets impériaux, elle saisit bien des continuités, à commencer par la volonté obstinée de détruire l’enchevêtrement séculaire des mondes juifs, arabes et berbères, un entrelacs qu’elle revendique pour mieux le restaurer.

Notre diginité Un féminisme pour les Maghrébines en milieux hostiles

« Je suis une femme. Le racisme empêche de le voir parce qu’une femme, dans l’imaginaire commun en Occident, c’est une femme blanche. » Nesrine Slaoui examine l’invisibilité des femmes maghrébines en France, affectées simultanément par le sexisme et le racisme. Son essai explore des enjeux comme la permanence de stéréotypes coloniaux, l’instrumentalisation médiatique, et propose une approche intersectionnelle pour la réparation collective.

Andermahr, Sonya

Auteur : Decolonizing Trauma Studies Édition : MDPI Books Année de publication : 2016

Femme, race, classe

La mobilisation et l’engagement des femmes pour l’abolition de l’esclavage, la fin de la ségrégation ou les droits civiques – et la part qu’y ont prise les femmes noires – ont été déterminants. Au cœur de cette histoire transparaissent des contradictions encore à l’œuvre aujourd’hui. Du XIXe siècle à nos jours aux États-Unis, Angela Davis décortique les intérêts conflictuels et convergents des grands mouvements de libération et d’émancipation. Elle montre comment le patriarcat, le racisme et le capitalisme ont divisé des causes qui auraient pu être communes. Preuve que c’est en surmontant les clivages de genre, de race, de classe, et en brisant les fausses mythologies que les femmes pourront le mieux se libérer des oppressions.

Femmes, race et classe est un essai fondateur, indispensable pour comprendre la portée des mobilisations féministes passées et à venir, et les conditions de leur réussite.

Poétique de la relation

Détails
«Esthétique de la terre ? Dans la poussière famélique des Afriques ? Dans la boue des Asies inondées ? Dans les épidémies, les exploitations occultées, les mouches bombillant sur les peaux en squelette des enfants ? Dans le silence glacé des Andes ? Dans les pluies déracinant les favelas et les bidonvilles ? Dans la pierraille et la broussaille des bantoustans ? Dans les fleurs autour du cou, et les ukulélés ? Dans les baraques de fange couronnant les mines d’or ? Dans les égouttoirs des villes ? Dans le vent aborigène ravagé ? Dans les quartiers réservés ? Dans l’ivresse des consommations aveugles ? Dans l’étau ? La cabane ? La nuit sans lumignon ?
Oui. Mais esthétique du bouleversement et de l’intrusion. Trouver des équivalents de fièvre pour l’idée « environnement » (que pour ma part je nomme entour), pour l’idée « écologie », qui paraissent si oiseuses dans ces paysages de la désolation. Imaginer des forces de boucan et de doux-sirop pour l’idée de l’amour de la terre, qui est si dérisoire ou qui fonde souvent des intolérances si sectaires.»

Les lieux de la culture : une théorie postcoloniale

Salué aussi bien par Edward Said que par Toni Morrison ou J. M. Coetzee, Homi K. Bhabha est l’un des théoriciens les plus importants et les plus influents du postcolonialisme. S’appuyant sur la littérature, la philosophie, la psychanalyse et l’histoire, il invite notamment à repenser les questions très actuelles d’identité et d’appartenance nationales ; à dépasser, grâce au concept très fécond d’hybridité culturelle, la vision d’un monde dominé par l’opposition entre soi et l’autre ; à saisir comment, par le biais de l’imitation et de l’ambivalence, les colonisés introduisent chez leurs colonisateurs un sentiment d’angoisse qui les affaiblit considérablement ; ou encore, plus largement, à comprendre les liens qui existent entre colonialisme et globalisation.

Art et mondialisation : décentrements : anthologie de textes de 1950 à nos jours

« Cette anthologie est un outil précieux pour tous ceux qui s’interrogent sur les relations entre l’art et la mondialisation à l’époque contemporaine. Elle propose une sélection des principaux écrits issus des sciences sociales qui contribuent à une pensée du décentrement et à une révision de l’histoire de l’art mondiale. De 1950 à nos jours, elle réunit les textes jalons des principaux théoriciens et chercheurs en anthropologie, études culturelles, études de genre et études postcoloniales, ainsi que des textes d’artistes. » (4e de couv.)

Pour l’intersectionalité

Non le concept d’intersectionnalité ne représente pas un danger pour la société ou l’université, ni ne fait disparaître la classe au profit de la race ou du genre. Bien au contraire ! Cet outil d’analyse est porteur d’une exigence, tant conceptuelle que politique. Une synthèse nécessaire, riche et argumentée, pour comprendre de quoi on parle.

Les attaques contre les sciences sociales se font de plus en plus nombreuses. À travers elles, ce sont certains travaux critiques en particulier qui sont visés, notamment ceux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l’intersectionnalité.

À partir d’un article de 2019, devenu référence et paru dans la revue Mouvements, entièrement revu et actualisé, voici, pour toutes et tous, une synthèse salutaire et nécessaire sur ce qu’est réellement la notion d’intersectionnalité. Les autrices, sociologues, s’attachent d’abord à rappeler l’histoire du concept élaboré il y a plus de trente ans par des théoriciennes féministes de couleur pour désigner et appréhender les processus d’imbrication et de co-construction de différents rapports de pouvoir – en particulier la classe, la race et le genre. Il s’agit ensuite de s’interroger sur les résistances, les « peurs », les discours déformants et autres instrumentalisations politiques que l’intersectionnalité suscite particulièrement en France. Mais justement, défendre les approches intersectionnelles, n’est-ce pas prendre en compte, de manière plus juste, les expériences sociales multiples et complexes, vécues par les individus, et donc se donner les moyens de penser une véritable transformation sociale ?

Race

Les répercussions mondiales de la mort de George Floyd, le 25 mai 2020, l’ont montré : plus que jamais il est utile de défendre un usage critique du mot race, celui qui permet de désigner et par là de déjouer les actualisations contemporaines de l’assignation raciale.

User de manière critique de la notion de race, c’est, en effet, décider de regarder au-delà de l’expression manifeste et facilement décelable du racisme assumé. C’est saisir la forme sédimentée, ordinaire et banalisée de l’assignation raciale et la désigner comme telle, quand elle s’exprime dans une blague ou un compliment, dans une manière de se croire attentif ou au contraire de laisser glisser le lapsus, dans le regard que l’on porte ou la compétence particulière que l’on attribue. C’est ainsi expliciter et problématiser la manière dont selon les époques et les contextes, une société construit du racial.

Si le mot a changé d’usage et de camp, il demeure cependant tributaire de son histoire et y recourir de manière critique fait facilement l’objet d’un retournement de discrédit. Celles et ceux qui dénoncent les logiques de racialisation sont traité·es de racistes. Celles et ceux qui mettent en lumière l’expérience minoritaire en la rapportant à celle des discriminations raciales sont accusé·es d’avoir des vues hégémoniques. Dans le même temps, les discours racialisants continuent de prospérer sous le regard indifférent de la majorité.

Si le mot de race sert à révéler, y recourir est donc d’autant plus nécessaire dans le contexte français d’une République qui pense avoir réalisé son exigence d’indifférence à la race et y être parfaitement « aveugle », « colour-blind », dirait-on en anglais.

NEWSLETTER

Chaque mois, prenez le temps d’embrasser quelques minutes de réconfort avec les productions culturelles du monde arabe et maghrébin, présentées par la newsletter du mat3amclub !