L’Or de Paris Relation de Voyages 1826-1831

Le 15 mai 1826, débarquent à Marseille les membres enturbannés d’une mission envoyée par le pacha d’Egypte. Tahtâwî sera le plus célèbre d’entre eux. Parisien durant cinq ans, il observe, écoute, lit, traduit. Il s’initie à la pensée des philosophes des Lumières et dialogue avec les grands maîtres de l’orientalisme.

Il raconte aussi. Car son récit se veut un guide pour les voyageurs, un traité sur Paris et un manuel d’enseignement sur la civilisation occidentale à l’attention des peuples musulmans. L’imâm-étudiant, devenu chercheur d’or, passe tout au tamis : la Constitution et la démocratie, le soulèvement de 1830, l’activité scientifique et culturelle. Et il découvre : la fourchette, les cafés, l’usage généralisé des miroirs, le rôle de la presse, la légèreté des moeurs de la femme… qui l’étonnent. Un livre où, pour une fois, nous sommes vus à travers les yeux de l’autre.

Du despotisme et autres textes

Né à Alep, Syrie, en 1849, ‘Abd al-Rahmân al-Kawâkibî est l’une des grandes figures du réformisme musulman à la fin du XIXe siècle et un précurseur de l’arabisme. Ce livre fondateur, dont la traduction française est depuis longtemps attendue, est une puissante charge contre le despotisme, soulignant ses conséquences désastreuses sur la religion, le savoir, l’économie, la morale, l’éducation et le progrès.

S’inspirant de la pensée libérale européenne, qu’il a probablement connue à travers des traductions en turc, et établissant des équivalences entre ses principaux concepts et les prescriptions de l’islam, il préconise l’instauration d’un régime fondé sur la liberté de conscience, l’égalité entre tous les citoyens et la séparation des pouvoirs législatif et exécutif – mais aussi des pouvoirs religieux et politique.

Souvent cité par les démocrates arabes et les défenseurs des droits de l’homme, notamment ces dernières années à la faveur des soulèvements populaires, l’essai est augmenté d’autres textes de l’auteur et d’une postface de son petit-fils soulignant sa brûlante actualité.

A brief moment – L’espace d’un instant

Ce catalogue accompagne l’exposition de Zineb Sedira au Jeu de Paume, couvrant une période de 1998 à aujourd’hui, et des médiums aussi divers que la vidéo, le film, l’installation et la photographie.

Le travail de Zineb Sedira se concentre sur les évolutions sociales et politiques dans les sociétés modernes et sur les questions de déplacement et de mémoire dans l’histoire contemporaine. Mettant en lumière son intérêt spécifique pour les archives et pour la collecte, l’enregistrement et la transmission des histoires, son travail a fréquemment été identifié aux questions postcoloniales et en particulier à son histoire familiale. A Brief Moment rassemble des œuvres datant de 1998 à aujourd’hui. Intégrant le film, la vidéo, l’installation et la photographie, l’exposition embrasse, à l’image du catalogue qui l’accompagne, un large éventail de sujets, allant de l’ère utopique des années 1960 à la mobilité contemporaine et aux répercussions actuelles des changements géopolitiques et industriels survenus au cours du XXe siècle : le développement intense de l’industrie automobile (The End of the Road, 2010) ; le transport mondial lié à l’exploitation des ressources primaires et secondaires par les pays du Premier Monde en conséquence directe de l’impérialisme (Lighthouse in the Sea of Time, 2010 ; Broken Lens, 2011 ; Transmettre en abyme, 2012) et l’histoire et l’indépendance de l’Algérie (Standing Here Wondering Which Way to Go, 2019 ; Laughter in Hell, 2018).

Ni entièrement documentaires ni fictionnelles, les œuvres hautement descriptives de Zineb Sedira mettent souvent en scène l’artiste elle-même, formant des récits qui révèlent la mémoire collective tout en témoignant de son engagement politique en tant qu’artiste. Créée spécifiquement pour cette exposition, Standing Here Wondering Which Way to Go (2019) s’inspire du Festival panafricain d’Alger de 1969 et fait référence aux mouvements révolutionnaires des années 1960 et 1970. L’élément central de l’œuvre, un diorama du salon de Sedira, contient sa collection personnelle de meubles et d’objets, une pièce vidéo et une sélection de musiques de l’époque, avec des photographies et des documents. La dimension autobiographique de l’installation renvoie à l’ethos culturel des années 1960 et interroge notre capacité à apprendre de l’histoire.

Huriya

Né intersexe dans le Maroc des années 1970, Huriya est élevée par ses grands-parents, après avoir été abandonnée par sa mère. L’enfant grandit au sein d’un couple divisé sur tous les sujets (éducation, sexualité, religion), qui n’a qu’un seul point commun, Huriya. Ce récit est celui d’une enfance nourrie par des identités plurielles et des valeurs parfois antagonistes, mais aussi celui des pièges et des hypocrisies de la religion qui se referment sur les femmes, les rendant victimes puis bourreaux. Son départ pour Paris signe sa nouvelle vie.

We could have been friends my father and I. A Palestinian Memoir

Aziz Shehadeh was many things: lawyer, activist, and political detainee, he was also the father of bestselling author and activist Raja. In this new and searingly personal memoir, Raja Shehadeh unpicks the snags and complexities of their relationship.

A vocal and fearless opponent, Aziz resists under the British mandatory period, then under Jordan, and, finally, under Israel. As a young man, Raja fails to recognise his father’s courage and, in turn, his father does not appreciate Raja’s own efforts in campaigning for Palestinian human rights. When Aziz is murdered in 1985, it changes Raja irrevocably.

This is not only the story of the battle against the various oppressors of the Palestinians, but a moving portrait of a particular father and son relationship.

Sur les traces d’Enayat Zayyat

Au début des années 1990, Iman Mersal découvre chez un bouquiniste « L’Amour et le Silence », l’unique roman d’Enayat Zayyat, publié en 1967 et tombé dans l’oubli. Elle ignore tout de son autrice, si ce n’est qu’elle est morte avant d’avoir pu le publier.

Vingt ans plus tard, elle se lance dans une enquête qui va s’étaler sur plusieurs années pour essayer de savoir qui était Enayat Zayyat et de comprendre ce qui a amené cette jeune femme de bonne famille à se donner la mort à vingt-sept ans. Elle glane des bribes d’information dans les archives de la presse, rencontre l’actrice Nadia Lutfi, la plus proche amie d’Enayat, puis des parents et des connaissances. De proche en proche, elle accède à des couches de vérités toujours parcellaires, parfois contradictoires, qui composent un puzzle dont elle sait d’emblée qu’il restera incomplet. Le refus de l’éditeur est-il vraiment la cause de son suicide ? À quand remontait son trouble dépressif ? Quel rôle ont joué dans cette dépression son divorce, la perte de son fils dont le père avait obtenu la garde, ou encore l’éloignement de Nadia Lutfi ? Pourquoi ce suicide alors qu’elle venait d’être embauchée à l’Institut archéologique allemand du Caire pour un travail qui la comblait ?

Toutes ces questions et bien d’autres emmènent Iman Mersal dans une quête à la fois historique et intellectuelle, poétique et intime, qui est aussi une invitation adressée à l’Égypte d’aujourd’hui à se regarder au miroir de son passé récent, celui de ces années 1950 et 1960 qui font l’objet d’un culte nostalgique que ce livre, loin de le nourrir, épluche comme un oignon et décortique feuille après feuille, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.

Living with Ghosts A Reader, Writings on coloniality, Decoloniality, Hauntology, and Contemporary Art

Living with Ghosts: A Reader explore les manières dont les traumatismes coloniaux non résolus de l’Afrique et son projet inachevé de décolonisation hantent l’ordre mondial actuel, en proposant des textes republiés de théoriciens majeurs des XXe et XXIe siècles ainsi que des essais inédits commandés à certains des principaux artistes et écrivains d’aujourd’hui.

Le recueil développe ces idées complexes à travers des approches philosophiques, historiques et littéraires. Des textes réimprimés de penseurs tels qu’Achille Mbembe, C.L.R. James et Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni explorent les expériences historiques de la postcolonie africaine et les problématiques de la décolonisation. Des méditations sur des artistes tels que John Akomfrah et Abraham Oghobase offrent des portes d’entrée engageantes sur leur travail. Figure également une conversation entre Bouchra Khalili et KJ Abudu.

S’inspirant de la théorisation d’Achille Mbembe sur la « postcolonie » africaine, de la notion de « hantologie » de Jacques Derrida et du travail de Sylvia Wynter sur la « colonialité de l’être », Living with Ghosts porte une attention critique aux fantômes, esprits et spectres qui abondent dans les calamités modernes du devenir historique de l’Afrique.

Mohamed Bourouissa

Coédition Dilecta / LaM. À l’occasion des expositions de Mohamed Bourouissa au LaM (Villeneuve-d’Ascq, 29 septembre 2023-21 janvier 2024) et au Palais de Tokyo (Paris, 2024), les Éditions Dilecta publient une monographie de l’artiste, soulignant pour la première fois l’importance de l’œuvre dessiné de l’artiste au sein de sa pratique.

Né en 1978 à Blida (Algérie), Mohamed Bourouissa vit et travaille à Paris. L’artiste décrit la société contemporaine par ses contours et porte un regard critique sur les représentations stéréotypées. Au-delà de sa pratique de prédilection qu’est la photographie, l’artiste explore également le dessin, la sculpture et la vidéo. Son travail, qui brouille les frontières entre fiction et documentaire, tend à rendre compte des réalités sociales de notre temps à travers l’observation de la société par ses marges. Depuis 2010, il est représenté par la galerie Kamel Mennour.

Son travail a été exposé dans de nombreuses expositions personnelles : Rencontres d’Arles, musée d’art moderne de la ville de Paris, Centre Pompidou, le BAL (Paris) ; Barnes Foundation (Philadelphie) ; Stedelijk Museum (Amsterdam) ; basis (Francfort) ; Haus der Kunst (Munich). Il a participé aux Biennales de Sydney, Sharjah, La Havane, Lyon, Venise, Alger, Liverpool, Berlin et à la Triennale de Milan. En 2018, il est nommé pour le Prix Marcel Duchamp. Ses œuvres font partie de collections de premier plan, dont celles du LACMA, du Stedelijk Museum, du Centre Pompidou, du musée d’art moderne de la ville de Paris, de l’Art Gallery of Ontario, du Philadelphia Museum of Art, de l’Istanbul Modern et de la maison européenne de la Photographie à Paris.

Malaise dans la décolonisation – Terres éparses et îles noires

Un essai qui approfondit intellectuellement les sillons historiquement tracés des aberrations coloniales, croisant la science politique, la philosophie, l’anthropologie et la psychanalyse.

Les aberrations coloniales ne se sont pas évaporées. Leurs empreintes et leurs recompositions s’observent, aujourd’hui encore, un peu partout dans le monde. Leurs conséquences sont patentes. Au Nord et au Sud. L’existence sociale des Kanak de Nouvelle-Calédonie s’est-elle véritablement et profondément améliorée ? Qu’est-ce qui, en Haïti, hante encore ses citoyens ?

De telles questions, et bien d’autres, s’inscrivent ici à l’intérieur d’une réflexion autour de quelques notions contemporaines : colonialité, décolonisation, restitution, collection, race, réparation. Ces concepts éclairent les enjeux personnels et collectifs de celles et ceux qui, actuellement, vivent la dépossession et la déprivation. En invaincus. Malaise dans la décolonisation explore la pluralité de ces expériences et les changements qu’elles appellent.

Dissonant Archives, contemporary visual culture and contested narratives in the middle east

Dissonant Archives est le premier ouvrage à examiner la manière dont des artistes contemporains d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient – parmi lesquels Emily Jacir, Walid Raad, Jananne Al Ani, Basel Abbas et Ruanne Abou-Rahme, Mariam Ghani, Zineb Sedira et Akram Zaatari – utilisent et perturbent la fonction de l’archive et, ce faisant, mettent également en lumière une crise systémique et peut-être irrévocable de l’archivage institutionnel et étatique dans la région.

Le livre se propose de poser deux questions globales : comment définir la relation continue entre l’art contemporain et l’archive et, de manière cruciale, comment comprendre les formes suppositionnelles de connaissance produites par les pratiques archivistiques d’artistes ? Bien que l’archive soit souvent considérée comme une collection de documents historiques, elle peut également déterminer l’avenir, et cette question a gagné en urgence dans l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient d’aujourd’hui, où l’archive est apparue comme un lieu de contestation sociale, historique, théorique et politique.

En explorant et en produisant des archives, qu’elles soient alternatives, interrogatives ou fictionnelles, ces artistes ne remettent pas simplement en question l’authenticité, l’autorité ou la paternité de l’archive ; ils déverrouillent plutôt son potentiel régénérateur et radical.

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