Jamal Ouazzani

Il y a ces politiques qui ne cessent d’exhorter les femmes à se dévoiler. Les médias qui véhiculent l’imaginaire de la « beurette » ou du « garçon arabe » en jogging baskets empreint de sexisme et de racisme. Ou encore le legs colonial qui érotise le corps des personnes racisées : les femmes comme objet de fantasme et de domination et les hommes pour leur hypervirilité.

Refusant de se plier à ces stéréotypes et enraciné dans sa propre expérience en tant qu’homme arabe musulman en France, Jamal Ouazzani entreprend dans cet essai plus que nécessaire un voyage intime et politique dans une société marquée par des divisions profondes et systémiques.

En explorant et en s’inspirant de quatorze siècles de culture arabe et/ou musulmane, il dévoile la richesse d’un héritage souvent méconnu qui offre un espace d’inclusion à toutes les identités et nous invite à repenser nos conceptions de l’amour.

Khémaïs Ben Lakhdar

Autour de ce sujet brûlant, le débat est devenu impossible. Certains se lamentent : on ne peut même plus s’habiller comme on le souhaite, et d’autres militeraient, selon les premiers, pour que l’on fasse attention à l’origine du moindre accessoire. Constamment invoqué par les journalistes et omniprésent sur les réseaux sociaux, le concept d’appropriation culturelle sature l’espace médiatique et enflamme les polémiques. Pourtant, personne ne s’accorde sur sa signification réelle, il n’en existe aucune définition nette, et il est difficile d’y voir clair parmi les controverses et les contradictions qui l’entourent.

C’est de là que vient la nécessité de ce livre : un texte précis et accessible d’un chercheur spécialiste du sujet qui explique de manière pédagogique ce que désigne vraiment le concept d’appropriation culturelle afin que chacun puisse le comprendre et participer au débat en connaissance de cause.

Notre auteur revient ainsi sur ses origines de ce « cannibalisme culturel » : la naissance de la Haute couture, l’industrialisation et les débuts du colonialisme, qui poussent les créateurs à chercher toujours plus d’inspiration en tournant leur regard vers l’Orient, puis sur son développement, entre outil scientifique et arme de revendication militante.

Une fois la notion d’appropriation culturelle expliquée, on peut la dépasser et sortir enfin de l’impasse dans laquelle sa méconnaissance maintient aujourd’hui le débat. L’auteur nous encourage finalement à nous poser les bonnes questions et à soutenir les échanges entre les cultures sans ignorer les mécanismes de domination qui les sous-tendent.

Anas Daif

Ce livre n’est pas une enquête sociologique, c’est un récit intime, puissant et moderne, qui nous fait traverser les questions d’identité en France. Qu’est ce que grandir, vivre, aimer comme un jeune Arabe, en France, au XXIème siècle ? En voilà une bonne question, hein ! Et qui mieux qu’Anas Daif, journaliste et créateur du podcast À l’intersection, pour y répondre ? D’Aya Nakamura à Edward Said, Anas Daif convoque toutes ses références pour aborder, loin du sensationalisme ambiant, les questions d’identité en France. Et un jour je suis devenu arabe est à la fois un récit intime et un essai combatif.

Abdellali Hajjat Marwan Mohammed

Alors que l’hostilité à l’encontre des musulmans se traduit presque quotidiennement par des discours stigmatisants, des pratiques discriminatoires ou des agressions physiques, Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed font ici œuvre salutaire : ils expliquent comment l’islam a peu à peu été construit comme un « problème » et comment l’islamophobie est devenue l’arme favorite d’un racisme qui ne dit pas son nom.

Ce livre propose un bilan critique des recherches menées, en France et à l’étranger, sur ce phénomène. Faisant le point sur les débats autour du concept d’islamophobie, il offre une description rigoureuse des discours et actes islamophobes, en les inscrivant dans l’histoire longue du racisme colonial et dans leur articulation avec l’antisémitisme. En insistant sur l’importance des stratégies des acteurs, les auteurs décortiquent le processus d’altérisation des « musulmans » qui, expliquant la réalité sociale par le facteur religieux, se diffuse dans les médias et ailleurs. Ils analysent enfin la réception du discours islamophobe par les musulmans et les formes de contestation de l’islamophobie par l’action collective et la mobilisation du droit antidiscrimination.

Je ne parle pas la langue de mon père

Je ne parle pas la langue de mon père et L’arabe comme un chant secret sont deux récits qui se répondent et donnent la clé de l’œuvre de Leïla Sebbar.

Ils témoignent de son obstination d’écrivain face à cette question pour elle lancinante, depuis l’Algérie coloniale où elle est née d’un père algérien et d’une mère française, jusqu’à Paris où elle écrit son père dans la langue de sa mère : comment vivre séparée du roman familial de « l’étranger bien-aimé » qui, par son silence, l’a tenue à distance ?

Cette question que l’exil exacerbe, peu l’ont explorée avec autant d’acuité que Leïla Sebbar dans ces récits devenus des classiques, ici réédités avec des textes d’écrivains et universitaires, des aquarelles de Sébastien Pignon et des images de sa mythologie affective.

La Septième Porte Une histoire du cinéma au Maroc de 1907 à 1986

Ahmed Bouanani (1938-2011), auteur d’une œuvre littéraire immense et en grande partie inédite, disait n’écrire que pour lui-même et pour quelques amis. À l’entendre, on croirait presque que les quatre livres publiés de son vivant l’ont été contre sa volonté. Le seul ouvrage qu’il tenait explicitement à voir paraître est celui que vous tenez entre les mains.

En 1987, une revue nommée Nejma arbore une quatrième de couverture inhabituelle. Elle annonce que « Bouanani cherche éditeur » pour son ouvrage de 300 pages sur le cinéma au Maroc. En tant que cinéaste, il avait pu constater la difficulté de produire librement des films à la hauteur de l’enjeu historique qui s’imposait à sa génération : comment, au sortir de la longue nuit coloniale, donner à voir aux Marocains une image juste d’eux-mêmes, sans mépris ni complaisance ? Trente ans après l’Indépendance, il était urgent de faire le point.

Pour Bouanani, écrire ce texte relevait d’une nécessité intime, d’une responsabilité dont il se sentait investi. Personne d’autre n’avait écrit ni, pressentait-il à juste titre, n’allait écrire cette histoire. Le projet demeura, hélas, longtemps empêché. 33 ans plus tard, La Septième Porte paraît enfin, grâce aux efforts conjugués de nombreuses personnes dévouées à l’œuvre de Bouanani et à la mémoire du cinéma marocain.

La Septième Porte est un texte hybride au souffle prodigieux. C’est un livre d’histoire qui se lit comme un roman d’aventure, le roman haletant d’une naissance semée d’obstacles : la naissance inachevée d’un cinéma national. C’est, mise en récit, la quête enthousiaste et contrariée d’un art qui sache à la fois honorer la mémoire collective et façonner les images d’un avenir partagé.

Sismographie des luttes : épicentres,

Cet ouvrage actualise l’expérience de l’installation Sismographie des luttes, aboutissement d’un programme de recherches dédié aux revues critiques et culturelles produites en dehors de l’Europe ou en situation diasporique aux XIXe et XXe siècles. Longtemps ignorées, ces revues ont constitué les épicentres d’expériences protéiformes, d’expressions politique et artistique en quête d’autonomie. Nées dans l’urgence et souvent en contexte colonial, portées par une ambition tant critique et politique qu’esthétique et littéraire, elles ont perpétué une inventivité graphique et scripturale dont il faut souligner la singularité. Elles font constamment irruption dans les luttes menées par des femmes et des hommes pour leur émancipation.

Au fil d’une chronologie panoptique – de la première revue recensée en 1817 jusqu’à l’année 1991, qui marque la fin de l’apartheid en Afrique du Sud –, une autre histoire du monde apparaît. Par sa forme éditoriale novatrice, le livre témoigne de la dynamique sociale, intellectuelle, artistique et politique qui s’est exercée dans le monde à travers ces revues. Au croisement de l’art et de l’histoire, de la pensée et de la politique, Épicentres vise à mettre à la disposition du plus grand nombre un matériau largement méconnu, offrant un contrechamp critique au service des pratiques contemporaines.

Sismographie des luttes : répliques,

Sismographie des luttes est l’aboutissement du programme de recherche « Art global et périodiques culturels », dédié aux revues critiques et culturelles produites en dehors de l’Europe ou en situation diasporique aux XIXe et XXe siècles, qui a rassemblé un collectif international de chercheurs et d’acteurs de la scène artistique et a donné lieu au recensement de plus d’un millier de revues. Longtemps ignorées, ces revues ont pourtant constitué les épicentres d’expériences protéiformes, d’expressions politique et artistique en quête d’autonomie. Nées dans l’urgence et souvent en contexte colonial, portées par une ambition tant critique et politique qu’esthétique et littéraire, elles ont perpétué une inventivité graphique et scripturale dont il faut souligner la singularité. Elles font constamment irruption dans les luttes menées par des femmes et des hommes pour leur émancipation. Il était donc impérieux d’exhumer leurs archives et de documenter leur histoire.

Second volet d’Épicentres, Répliques rassemble les études critiques de chercheurs et d’acteurs de la scène artistique approfondissant la réflexion sur la portée de ces revues et mettant en lumière l’internationalisation des échanges, ponctuées des portraits de figures phares – W. E. B. Du Bois, Vicente Huidobro, Huda Sharawi, Rabindranath Tagore. Leurs travaux démontrent la pertinence d’une histoire des revues et, à travers elle, d’une histoire globale de l’art et de la culture, traçant de manière décentrée diverses voies et cheminements à travers l’histoire culturelle, politique et théorique du monde depuis le XVIIIe siècle.

Aux Pays De L’or Noir, Une Histoire Arabe Du Pétrole,

L’après-pétrole est désormais un mot d’ordre dans les pays arabes. Dans le nouvel orientalisme que les pays du Golfe offrent à leurs touristes, l’or noir est relégué à l’arrière-plan. En ce début de XXIe siècle, la transition économique est pourtant particulièrement difficile pour les pays arabes, tant elle implique un changement radical de leur modèle de société. En un peu plus de deux générations, au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ces tard-venus du pétrole ont vécu une transformation sans équivalent dans le reste du monde, passant de l’opulence à l’austérité et de l’enthousiasme au désenchantement. Fondement d’un panarabisme volontiers révolutionnaire avant d’être le pilier d’États autoritaires, moteur de l’industrialisation des économies, exploité sans scrupules par l’État islamique, le pétrole a façonné le monde arabe et conditionné les rapports que nous entretenons avec lui. Sous la plume de Philippe Pétriat, Aux pays de l’or noir. Une histoire arabe du pétrole (Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2021) décrit l’expérience que les pays arabes ont faite de l’ère du pétrole, depuis les premiers forçats de l’industrie jusqu’aux hérauts de la modernité post-pétrolière. En donnant la priorité aux sources arabes, il dévoile un versant surprenant de l’histoire de l’énergie du monde contemporain.

L’État De Barbarie

Compilation de textes de Michel Seurat sur la nature « barbare » du régime syrien issus de trois recueils : L’État de barbarie, La Syrie aujourd’hui et Les Frères musulmans. Le chercheur a consacré sa vie à l’étude du régime d’Assad et a observé la montée des Frères musulmans, de l’islamisme et la fragmentation communautaire et confessionnelle de la société.

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