L’Amour, la fantasia,

Émouvant roman historique de l’aube de la conquête coloniale à la guerre de libération, L’Amour, la fantasia alterne descriptions historiques minutieuses et scènes de fiction. Le roman présente des événements majeurs comme la prise d’Alger en 1830 et les enfumades du général Saint-Arnaud, racontant l’histoire d’une jeune fille algérienne à l’école coloniale puis celle d’une femme durant la guerre de libération. Les parties suivantes célèbrent les femmes dans la révolution, qu’elles soient au front ou soutenant les combattants à domicile, dans un entrelacs d’amour, de violence et d’émotions contradictoires. L’œuvre constitue un hommage aux femmes combattantes et un témoignage fidèle à la réalité historique algérienne.

Histoire De L’Égypte Contemporaine

L’Égypte, berceau d’une des plus anciennes civilisations, est aussi une jeune nation, et le livre retrace son éveil sur deux siècles. Après un XIXe siècle brillant et prometteur, l’Égypte connaît la sujétion malheureuse du colonialisme. Les troupes britanniques, qui débarquent en 1882, ne quittent définitivement le sol égyptien qu’en 1956, après quoi le triomphe de Nasser sur les puissances coloniales est suivi de désillusions.

Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, historienne française, comble un vide en proposant une histoire globale de l’Égypte moderne, couvrant deux siècles de l’histoire tumultueuse du pays, du XIXe au XXIe siècle, jusqu’aux révolutions récentes.

Le thé au harem d’Archi Hamed

Le roman se déroule dans une cité H.L.M. avec des murs couverts de graffitis, slogans et appels de détresse. Madjid y vit, fils d’immigrés, paumé entre deux cultures, deux langues, deux couleurs de peau, s’inventant ses propres racines et attaches.

La peur, la violence et l’amour règnent : l’amour pour sa mère Malika, ses frères et sœurs, et son père — un petit vieux tombé d’un toit qui a perdu la raison — ainsi que pour ses copains et son ami Pat, celui des bons et des mauvais coups, de la drague et de la drogue.

Le livre dépeint la vie quotidienne d’une cité H.L.M. dans les années 1980 : chômage, misère, alcoolisme, racisme, solitude, la drogue, la prostitution.

Provincialiser l’Europe, la pensée postcoloniale et la différence historique

L’Europe n’est plus le centre du monde. Pourtant, les catégories de pensée et les concepts politiques occidentaux continuent de régir les discours produits sur les mondes non occidentaux, perpétuant l’idée selon laquelle l’histoire de l’ensemble des sociétés humaines devrait être lue au prisme de l’évolution de ce continent. Or le capitalisme n’a pas réussi à unifier l’humanité. S’il s’est mondialisé, il ne s’est pas universalisé. D’où la nécessité de provincialiser l’Europe, autrement dit de reconnaître que l’appareil scientifique occidental ne suffit pas à comprendre nombre d’éléments des sociétés et des cultures des pays du Sud.

Dipesh Chakrabarty montre dans ce classique de la pensée postcoloniale que le temps historique est pluriel, que les sociétés participent de temporalités hétérogènes constitutives d’une multiplicité irréductible de manières d’être au monde. Ce faisant, il invite à penser la diversité des formes que peut prendre la modernité politique ainsi que des futurs qui se construisent aujourd’hui.

La petite dernière

La narratrice est Fatima Daas, la « mazoziya » (petite dernière), française d’origine algérienne et musulmane pratiquante. À travers ce livre, Fatima Daas questionne ses identités multiples, culturelle, environnementale, religieuse, sexuelle et amoureuse — c’est un roman sur l’acceptation de soi et le refus de choisir entre son amour de Dieu et celui des femmes.

Ce premier roman, sous forme d’un monologue par fragments, ensorcelle d’emblée par son style coupant, percutant, scandé. Construit sur l’anaphore « Je m’appelle Fatima Daas », chacun des chapitres retrace un épisode de la vie de l’autrice, mélangeant constamment présent et passé.

Fatima Daas est née en 1995 à Saint-Germain-en-Laye ; ses parents, venus d’Algérie, se sont installés à Clichy-sous-Bois, où elle grandit entourée d’une famille nombreuse.

A perte de mère. Sur les routes atlantiques de l’esclavage

Paru en 2007, À perte de mère est le deuxième livre de Saidiya Hartman. L’écriture est celle, contre-disciplinaire, de la recherche d’archives, de l’analyse, du journal, de la poésie, de l’autobiographie ; confrontée aux trajectoires de déportation d’une rive à l’autre de l’Atlantique, aux vies décimées et bouleversées par la traite négrière esclavagiste. Au fil de l’apprentissage et de la transformation personnelle et politique de Hartman se dessine un futur dans l’expérience présente du passé, ceci par un geste double que l’autrice explique comme « une lutte contre les limites de l’archive pour écrire une histoire culturelle de læ captif·ve, et, en même temps, comme une mise en acte de l’impossibilité de représenter les vies des captif·ves, précisément à travers le processus narratif ».

Comment fait-on l’expérience de l’histoire de l’esclavage ? Comment la fait-on déjà, encore ? Comment cette histoire se poursuit-elle ? Ce récit d’un voyage au Ghana par l’historienne suit les traces – matérielles, sociales, relationnelles – de la traite atlantique esclavagiste : architectures, conflits, amitiés. Pour emprunter les mots de Robin Kelley, Hartman est « étrangère à la recherche d’étranger·es », elle questionne le mode de formation des savoirs, les rapports de pouvoir en jeu dans la constitution de ce qui fait mémoire d’un passé.

Deux secondes d’air qui brûle

Entre Paname et sa banlieue : un quartier, un parking, une friche, des toits, une dalle. Des coffres de voitures, chaises de camping, selles de motocross et rebords de fenêtres, pour se poser et observer le monde en train de se faire et de se défaire. Une pyramide, comme point de repère, au beau milieu de tout ça.

Astor, Chérif, Issa, Demba, Nil et les autres se connaissent depuis toujours et partagent tout, petites aventures comme grands barbecues, en passant par le harcèlement policier qu’ils subissent quotidiennement.

Un soir d’été, en marge d’une énième interpellation, l’un d’entre eux se fait abattre. Une goutte, un océan, de trop. Le soulèvement se prépare, méthodique, inattendu. Collectif.

Portrait du décolonisé précédé de Portrait du colonisateur

Cinquante ans après les indépendances, Memmi propose un Portrait du décolonisé qui tente une peinture aussi fidèle que possible d’un homme nouveau apparu sur la scène de l’histoire.

L’ouvrage s’organise autour d’un triptyque : le nouveau citoyen demeuré dans son pays natal, l’immigré vivant dorénavant à l’étranger et le fils de l’immigré, né dans le pays d’accueil.

La première partie offre un bilan désenchanté : ayant obtenu son indépendance nationale, le colonisé n’y a gagné ni la richesse, ni la liberté, et la violence demeure souvent endémique dans son nouveau pays. Memmi identifie deux problèmes principaux : la corruption et l’absence de démocratie, donc de transparence et de droit.

L’ouvrage examine également les problèmes découlant de l’interdépendance du monde contemporain, notamment la liaison entre la pauvreté, la corruption et la tyrannie au sein des jeunes nations, ainsi que les mouvements de populations et les collisions entre les cultures.

Traité du tout monde

Le Traité du tout-monde est le quatrième volume de la série Poétique d’Édouard Glissant. L’œuvre s’articule autour de deux concepts philosophiques clés : le Chaos-monde, « le choc de tant de cultures qui s’embrasent, se repoussent, disparaissent, subsistent pourtant, s’endorment ou se transforment, lentement ou à la vitesse de la foudre », et la Poétique de la Relation, manière d’imaginer l’incompréhensible totalité d’un tel chaos-monde, tout en nous permettant d’en saisir quelque détail et de chanter notre lieu, insondable et irréversible.

Parmi les concepts principaux de Glissant figure celui de la créolisation, décrite comme « un processus sans arrêt qui mélange la matière du monde, qui joint et change les cultures des humanités d’aujourd’hui », caractérisée par l’imprévisibilité des créations qu’elle engendre.

Le Traité du Tout-Monde, malgré son titre peut-être ironique, ne propose aucun système et n’est pas didactique, ni ne se limite à énoncer des concepts exaltants. L’essai est axé sur la théorie, traitant de « la connaissance et l’éclaircissement de l’inextricable (lieux, paysages, moments), puis la réflexion qui extrait ce qui peut être traité de l’inextricable ».

Racisme et jeu vidéo

En 2007, le monde du jeu vidéo est secoué par une violente polémique au sujet du jeu vidéo Resident Evil 5. Ce dernier est accusé de faire commerce du racisme, en invitant à se glisser dans la peau d’un américain blanc body-buildé, missionné dans une région africaine anonyme, et tuant des dizaines d’hommes et de femmes noires présentées comme de dangereux zombies infectés du virus T. Depuis, la communauté des joueurs et joueuses de jeux vidéo interpelle régulièrement les créateurs et créatrices des jeux sur les questions du racisme et du sexisme.

Dans son ouvrage, Mehdi Derfoufi analyse les rapports de force qui structurent l’industrie du jeu vidéo, dévoilant comment le racisme se niche parfois insidieusement au cœur de scénarios de jeux vidéo à succès. Il nous invite à nous questionner. Quels sont les pays qui pèsent sur les milliards d’euros du marché mondial du jeu vidéo ? Qui sont les game designers et auteurs des jeux ? Comment les représentations racistes sont-elles véhiculées à travers les personnages et les imaginaires vidéoludiques ?

L’auteur nous dévoile avec brio les logiques racialisantes à l’œuvre au sein d’un marché économique très concurrentiel où des stéréotypes exotisants servent régulièrement à faire vendre un jeu. Il nous montre aussi comment la division internationale du travail et la hiérarchie économico-politique Nord/Sud pèse sur le marché du jeu vidéo et ralentit l’émergence de nouvelles représentations. Pourtant, de nombreux espoirs, notamment dans les pays du Sud participent au renouvellement de la culture geek : face aux violences racistes, la riposte s’organise.

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