Les miroirs vagabons ou la décolonisation des savoirs (art, littérature, philosophie)

Une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs et les arts, le passé peut être dépassé.

Penser la décolonisation des savoirs et des pratiques intellectuelles, littéraires et artistiques demande à réfléchir sur les lieux et les formes de cette grande transformation. Pour la dire, il faut réfléchir in concreto : elle a déjà commencé. Elle n’est ni devant nous, telle un programme à initier, ni derrière nous, telle un processus achevé. Elle est à l’œuvre mais plus ou moins, de façon différenciée, dans le travail d’écrivains et d’artistes qui irriguent ici la réflexion philosophique. La décolonisation prend ainsi sens dans ses grandes lignes comme son détail.

Autrefois, la métropole et la colonie apparaissaient comme deux espaces tout aussi distincts en principe qu’entremêlés en réalité. Les indépendances africaines ont profondément modifié ce paysage, créant des entre-mondes de la philosophie, de la littérature, des arts. Le sud peut déloger le nord. L’étrange(r) voisiner avec le familier, le vivant cohabiter avec le fantôme. Les affranchissements, les franchissements sont multiples, divers. Comment les lignes se déplacent-elles et dans quels mouvements ? Les arts visuels, la musique, la littérature montrent des chemins.

Ce livre est un parcours plus qu’un itinéraire, une critique plus qu’une doctrine : une migration. Il est une philosophie de la décolonisation qui entend montrer comment, dans les savoirs, le passé peut être dépassé.

Barbès Blues

« L’histoire, si elle a été dure, n’a pas toujours été triste. Elle raconte des vies qui n’ont pas été cantonnées dans l’étroitesse d’une nation, ou pire encore d’une nationalité. »

En déambulant dans Barbès, Hajer Ben Boubaker raconte les petits détails et les grands événements qui ont fait du quartier la « maison-mère des luttes de l’immigration » et l’une des places fortes de la musique maghrébine.

Dans les cartons d’archives sur le premier quartier algérien dans le 5e arrondissement, dans les voix de vieux messieurs qui racontent l’habitude d’une ville ou dans les souvenirs imprécis de luttes contre le racisme, Barbès Blues ressuscite des personnages, des épopées, des anecdotes et des tragédies. Autant de symboles d’une communauté de destin, l’immigration maghrébine, qui dans un dédale de rues minuscule, s’est construit un monde immense.

Le racisme en école d’art

Le numéro 15 d’Afrikadaa est consacré à la question du racisme et des discriminations au sein des écoles d’art en France. Les contributions abordent différents points : le corps enseignant et la production de nouvelles pédagogies, l’accueil de la parole des étudiants, les actions menées par les directions d’écoles d’art, la création de nouveaux postes liés aux études décoloniales et postcoloniales, entre autres.

Le projet se confronte à l’institution qu’est celle de l’école d’art en France, un système qui, selon bon nombre de témoignages, est idyllique à l’extérieur et pathétique de l’intérieur. Les contributeurs n’avaient jamais envisagé que le silence exigé par les écoles d’art s’imposerait aux contributeurs.

L’espace éditorial d’AFRIKADAA a toujours été pensé comme un espace refuge et de liberté, de montrer, transmettre, parler, proposer librement. Créée en 2013, la revue d’art papier et digitale AFRIKADAA est menée par un collectif d’artistes, commissaires d’art, historiennes d’art, militantes et étudiantes.

Archives des luttes des femmes en Algérie (1988-1993)

La publication, trilingue (français, anglais, arabe), rassemble des reproductions de documents produits par des collectifs et associations féminines et féministes durant une période historique particulièrement dense et prolifique du mouvement des femmes en Algérie entre 1988 et 1993, des photographies documentant leurs actions et mobilisations, ainsi que des textes.

En 1989, une brève ouverture démocratique permet à de nombreux collectifs et associations de femmes d’exister légalement et plus librement que sous le régime du parti unique. La publication inclut des reproductions de documents produits par des collectifs et associations féministes entre 1988 et 1993, ainsi que des photographies de manifestations et de rassemblements (notamment la marche du 8 mars 1990) et des textes d’Awel Haouati et de la sociologue Feriel Lalami.

Première publication du collectif Archives des luttes des femmes en Algérie, elle a été produite en 2022 dans le cadre de la participation du collectif à documenta 15 (Kassel, Allemagne), avec son soutien. Lancée en 2019, Archives des luttes des femmes en Algérie est une initiative indépendante visant à constituer une archive numérique en libre accès de documents relatifs aux collectifs et associations féministes algériennes, principalement depuis l’indépendance du pays en 1962.

Notre monde brûle – Our word is burning

A political view of international contemporary creation seen from the Gulf region, where wars and diplomatic tensions have constantly determined the history of the early 21st century.

The title refers to human dramas caused by successive conflicts in this region, as well as ecological crises and environmental catastrophes such as destructive forest fires globally. Fire symbolizes both danger and « the powerful democratic impetus experienced in this region since the Arab Springs. » The exhibition affirms that artworks can intervene by adopting positions when confronted with global disorder, with fire also representing « the intensity of artistic creation. »

Ma très grande mélancolie arabe

Dans ce livre, il y a des ruines et des martyrs, des vestiges, des temples, des sanctuaires, des portiques, il y a des tombes, des cercueils, des mausolées, des cimetières, des épitaphes. Il y a des sépultures mythiques et des fosses communes. Il y a des résistants tués, des révoltés abattus, des leaders assassinés, des enfants massacrés, des partisans torturés, des nationalistes pendus. Il y a des rebelles héroïques. Il y a des saints, des prophètes, des dieux, des vierges, des archanges, il y a des victimes et des assassins. Il y a aussi des châteaux forts, des citadelles, des basiliques, des mosquées, des dômes, des minarets, des phares, des miradors, des barbelés, des carcasses d’hôtels, des camps, des prisons. Et des détenus, des captifs, des séquestrés. Il y a des condamnés à mort.

Il y a des miliciens et des dictateurs, des fédayins et des moudjahidines, une infirmière kamikaze, une miss univers et un prince rouge, des émirs, des pachas, des califes, des patriarches et des poètes.

Il y a l’élégance, la classe, le style, la manière, la touche, la griffe, il y a la flamme, la passion, l’idéal, la cause. Il y a Septembre Noir et la bataille de Kerbala, la corniche de Beyrouth et le discours d’Alexandrie, la tête de Jean-Baptiste et celle de l’imam Hussein, la fiancée de Naplouse et l’artificier de la Casbah, la prisonnière de Khyam et la dactylo d’Alger, les Boeings de la Pan Am et l’automobile du Roi d’Irak, le minaret de Jésus et le rocher de Mahomet. Il y a aussi un imam disparu, un cheikh caché, un ayatollah inspirant, un mufti éliminé et un mufti ambigu. Il y a des keffiehs, des treillis, des lunettes noires, des turbans, des sahariennes, des drapeaux, des uniformes, des journaux, des slogans.

Il y a la plume, le mot, le verbe, l’éloquence, le discours, l’étendard.

Il y a des attentats, des enterrements, des processions, des funérailles, des cortèges, des pleurs. Et aussi des colonnes, des chapiteaux, des gisants, des sarcophages. Des tombeaux phéniciens, des cénotaphes sumériens, des nécropoles romaines, des pyramides égyptiennes. Il y a le Saint Sépulcre, le temple de Salomon et le dôme du rocher.

Il y a des massacres, des tueries, des boucheries. Il y a des blasts d’explosions. Il y a du sang, des soupirs, des larmes, des lamentations, de la poussière, de la fumée, de la boue, des bris de verre, des décombres, la désolation, la tristesse, l’agonie, le drame, la tragédie, le deuil, les couronnes, les fleurs, les rubans, les chants, les youyous, le paradis. C’est une danse macabre.

Dans ce livre, il y a un siècle au proche orient.

La résistance des bijoux contre les géographies coloniales

À la mort de son père, Juif d’Oran naturalisé français puis israélien, Ariella Azoulay découvre dans un document que sa grand-mère portait le prénom Aïcha. En deux récits mêlant autobiographie et théorie politique, l’autrice serpente entre les catalogues de bijoux, les photos trouvées et les collections d’objets pillés, pour déployer par fragments l’histoire de sa famille et mettre en parallèle les colonialismes français en Algérie et sioniste en Palestine. Entre ces projets impériaux, elle saisit bien des continuités, à commencer par la volonté obstinée de détruire l’enchevêtrement séculaire des mondes juifs, arabes et berbères, un entrelacs qu’elle revendique pour mieux le restaurer.

Ô nuit, ô mes yeux

Dans ce roman vrai et illustré (plus de 400 illustrations sur 576 pages) il y a les cabarets du Caire, les studios, villas, casinos du Caire, les maris, les amants, l’alcool, les somnifères, l’argent, les suicides, les brownings, les scandales, les palaces, et même le chant, la musique, la voix, les ovations, les triomphes, la gloire. Il y a l’audace, le génie, l’aventure, la tragédie. Il y a des poètes et des émirs, des danseuses, des banquiers, des officiers, des imams, des cheikhs, des actrices, des khawagates, des musiciens, des vamps, des noctambules, des révoltés, des sultans, des pachas, des beys, des espionnes, des prodiges, des rois d’Égypte et la cour. D’éminents journalistes, de célèbres compositeurs, des patronnes de clubs, des grands chambellans, des joueurs de oud, des astres de l’Orient. Il y a la petite paysanne du delta et la princesse druze, le fils du muezzin et le chanteur solitaire, la star juive et le colonel héroïque. Il y a Asmahan, Oum Kalthoum, Abdelwahab, Farid el Atrache, Samia Gamal, Leila Mourad, Nour el Hoda, Sabah, Fayrouz. Il y a la classe, le glamour, la touche, le style. Il y a l’amour, la passion, la haine, la vengeance. Il y a des verres et des cigarettes, des cartes à jouer, des jetons, des dés, des bijoux, des drapeaux, des corans. Il y a les cinémas de Beyrouth, les palais de Damas, les quais d’Alexandrie, les rues de Jérusalem, la cour de Bagdad. Il y a la radio, les disques, les micros, les caméras, les génériques, les néons, le rideau, l’orchestre, le concert, le public, la transe. Il y a la voix des Arabes. Il y a les grands hôtels, le Saint-Georges, le King David, l’Orient Palace, le Mena House. Il y a la chute de l’empire ottoman et il y a la guerre en Palestine, il y a la prise du canal de Suez et la défaite de 1967, il y a un siècle au Proche-Orient.

Le Fou de Laylâ

Sous le nom de Majnûn (le Fou) se cache un jeune homme qui n’a peut-être jamais existé. Car à ce sujet, histoire et légende sont inextricablement mêlées : l’histoire rapporte qu’au désert d’Arabie, dans la seconde moitié du VIIe siècle, circulent des poèmes chantant un amour parfait et impossible. Leurs auteurs, sous divers noms, se veulent, d’une tribu à l’autre, les meilleurs dans le genre, et pour avoir vécu cet amour, et pour le dire.

La légende, elle, évoque un jeune homme, Qays, qui tombe amoureux de sa cousine Laylâ. Alors que rien ne devrait s’opposer à leur mariage, Qays, poète, décide de chanter son amour à tous vents, enfreignant ce faisant une règle majeure du code bédouin. Dès lors, tout s’enchaîne : le refus de la famille, le mariage forcé de Laylâ, Qays sombrant dans la folie et allant vivre avec les bêtes du désert, sa mort enfin, d’épuisement et de douleur.

Homme de chair et de sang ou personnage inventé, Majnûn, de tous les poètes qui ont chanté l’amour dans l’Arabie de ce temps, est sans doute le plus grand.

Notre diginité Un féminisme pour les Maghrébines en milieux hostiles

« Je suis une femme. Le racisme empêche de le voir parce qu’une femme, dans l’imaginaire commun en Occident, c’est une femme blanche. » Nesrine Slaoui examine l’invisibilité des femmes maghrébines en France, affectées simultanément par le sexisme et le racisme. Son essai explore des enjeux comme la permanence de stéréotypes coloniaux, l’instrumentalisation médiatique, et propose une approche intersectionnelle pour la réparation collective.

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